Je pleure parce que j'ai raté le soleil, qu'il est parti sans moi, il m'a même pas attendue ce salaud. Est-ce qu'il sait au moins que demain c'est moi qui pars, est-ce qu'il est au courant, est-ce qu'il n'aurait pas pu rester encore un moment, le soleil...
Et j'ai les pieds dans l'eau ça mouille le bas de mon jean, j'aurais du rester en jupe parce qu'il fait chaud. Il y a la mer, là sous mes pieds sous mes yeux sur mes joues, tout autour de moi et elle est tellement immense que mon chagrin devient petit, tout petit, les vaguelettes se cognent doucement à mes chevilles, tout petit, minuscule, l'eau me berce, polit mon chagrin, me voici ivre d'elle, les yeux mi-clos je l'écoute chanter...
Et puis je sens deux mains autour de mon ventre qui me serrent contre un corps que je connais par c½ur, je ne sursaute même pas et il me murmure tu pleures, et moi je lui souris je répond que je ne fais que rendre à la mer l'eau salée de toutes les tasses que j'ai pu boire à cause de trop gros fou-rires, ça le fait sourire aussi mais son regard est triste comme le mien et c'est beau un sourire triste, c'est comme la pluie et le soleil mélangé, ca fait de la lumière dans les flaques et ça éblouit.
Et toi ta clope à la main on dirait un marin, j'ai jamais trop aimé naviguer parce que j'ai le vertige des profondeurs, la mer je préfère la regarder depuis le sable ou les rochers, elle m'intimide donc me fascine, moi je préfère l'admirer.
Et toi mon marin je sais que malgré ton sourire tu ne vas pas tarder à reprendre le large, à ton grand regret mais parce qu'il le faut et en me laissant sur ma petite terre où il n'y a pas de tempête. Il n'y a jamais de tempête d'ailleurs je ne connais pas la tempête, juste les quelques pluies fines et les orages aux gros bras mais je n'ai jamais été prise au piège, au milieu des éléments avec la peur au ventre et le sentiment que tout peut s'écrouler d'un instant à l'autre. Et toi tu vis sur ce bateau, sur ta galère et tu connais tout ça et moi j'ai toujours la frousse que tu coules au fond de l'eau, même si tu sais nager, c'est si vite arrivé.
Je voudrais te retenir, te faire rester, t'emmener avec moi dans cette maison à côté de la forêt, où il pleut entre les arbres et ça fait des flaques, après il n'y a plus qu'à attendre le soleil vienne y faire des reflets et ça fera la vie, avec ses doutes et ses instants de joie, avec ses départs, ses surprises et ses tempêtes.
Mais j'ignore contre quoi lutter et mes bras sont trop petits. Je vais retourner au milieu dans les terres et recommencer à vivre ma vie normale, en jetant des coups d'½il vers l'horizon, et quand je verrai le bateau, j'irai au port, en courant, en courant trop vite même si j'ai pas l'habitude, je serai un peu essoufflée mais je serai là, au port, et tout les deux on ira mettre les pieds dans l'eau, et on aura comme à chaque fois l'impression de ne jamais s'être quittés.



